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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 01:34

 

Depuis une dizaine de jours, je suis le travail de création du Horla par le Théâtre du Brandon, et plus particulièrement celui de la metteuse en scène Marine Billon et du comédien Frédéric Perrier. Afin d’accorder forme et fond, je vous propose de suivre nos aventures au travers de mon journal de bord… 


Vendredi 2 octobre

 

Comme j’étais arrivée en avance, je m’assis devant le centre RLC de Sion à une table de jardin, entourée de parfaits inconnus. Quelle drôle d’idée! A ma décharge, ils occupaient tout l’espace, mais tout de même! Au regard de ma voisine de droite, je sentais bien qu’elle se demandais pourquoi je m’étais installée là, avec eux! Qu’elle se rassure, je me posais la même question! 

Oh comme j’avais envie de me lever et de partir… en courant même! J’aurais pu aller me cacher dans la voiture ou dans les toilettes pourquoi pas, ça n’aurait pas été plus embarrassant! Mais maintenant que j’étais là… il me semblait difficile de quitter l’assemblée sans créer un malaise plus grand encore! Je décidais alors, sans grand courage, d’assumer ma position en souriant naïvement à toutes leurs marques de complicité et en offrant une cigarette à la jeune femme qui n’en avait plus… 


Grand moment de solitude donc! Puis ils partirent enfin! Marine et Frédéric n’étaient toujours pas là. J’en étais presque soulagée. Je disposais ainsi de quelques minutes encore pour tenter de retrouver une contenance!

Alors que je méditais sur la profondeur de l’expression «arriver comme un cheveu sur la soupe», progressivement, je vis apparaître, des escaliers en contre-bas, les silhouettes des mes deux compères. Je respirais à nouveau; d’une part, parce que j’avais la certitude soudaine de ne pas m’être trompée d’endroit, je commençais à en douter, d’une autre parce que j’avais enfin une raison palpable de m’y trouver!

Tout, ensuite, se déroula très vite. Nous sommes entrés dans la salle de spectacle, chacun a déposé ses affaires sur une table de ping-pong, puis Fred c’est mis en position pour un filage. Filage. Commentaires de Marine à son comédien. Reprise de certains passages. Fin de répétition. Départ. 

*

La création du Horla a vu le jour en octobre 2008 aux «Caves à Charles», puis elle a été reprise en juin 2009 à Riddes durant le Festival «Portes ouvertes» organisé par le collectif de la «Gare aux artistes». C’est à cette occasion que je rencontrais pour la première fois Marine. Je devais y réaliser un reportage pour le Nouvelliste, c’est elle qui m’accueillit. 

J’avais beaucoup apprécié leur pièce. Comme l’ensemble du public, grâce au charisme de Frédéric et à l’intelligence des choix de mise en scène, l’histoire de cet homme tourmenté m’avait  happée. 


Ce vendredi-là, j’étais ainsi très enthousiaste à l’idée de pouvoir redécouvrir la pièce dans son évolution. J’avais en plus le privilège d’être la toute première spectatrice de cette nouvelle reprise. Un vrai bonheur ou un vrai honneur? Je ne trancherais pas.

Avec cette nouvelle adaptation, la pièce gagnait en légèreté. Sur le coup, je n’aurais pu dire si cela tenait aux conditions de répétition, à l’ absence des décors et du costume, mais j’en ressortis, malgré la profondeur du texte, avec la sensation d’avoir assisté à quelque chose d’agréable, alors qu’à Riddes, la représentation m’avait tout de même un peu plombée. En discutant par la suite avec la metteuse en scène et le comédien, j’appris que derrière cette impression se cachait une réelle volonté. Au fil des répétitions, je découvris surtout quel travail de précision cela représentait. 

 

 

 

Mardi 6 octobre

 

L’éclairagiste Samuel Carroz nous rejoignit afin d’opérer un premier repérage lumières pour son collègue Bâptiste Coutaz qui prendra finalement à sa charge les deux représentations scolaires au théâtre du Martolet. 

 

Italienne (cf. plus bas). Filage. Commentaires de Marine. Discussion de la metteuse en scène et de l’éclairagiste. Départ. 

 

 

Mercredi 7 octobre

 

La vie sans imprévu, serait-elle aussi intéressante? Fred et Marine comptaient débuter la répétition à 20 heures, mais d’autres gens se trouvaient dans la salle. Après quelques minutes d’attente, nous découvrions qu’aux mêmes horaires une autre compagnie devait utiliser la salle. Après discussion des deux metteurs en scène, Marine et Fred décidèrent de démarrer par une italienne dans la cafétéria du centre.

La veille, j’avais déjà été fortement impressionnée par cette exercice de mémoire qui consiste à déclamer le texte d’une traite sans y mettre d’intonation juste pour le souci du par coeur, mais c’est dans ces conditions que Frédéric m’a véritablement bluffée! 

La porte de la cafétéria était ouverte. Dehors, quelques jeunes discutaient à forte voix. Fred, redoublant d’effort, poursuivait sa psalmodie sans plus d’hésitation. Une voiture arriva. Il continua. Puis l’autre troupe ayant terminé leurs essais de lumière l’interrompit pour nous saluer… J’ai vraiment cru alors qu’il perdrait le fil! Et bien non! Pendant cette minute, il garda les yeux fermés et dès que les autres furent dehors, il reprit en bafouillant à peine sur quelques mots. C’est pourquoi, quand de la musique hip-hop jaillit soudain très fort d’une des salles au-dessus, je ne fus même plus surprise de l’entendre poursuivre avec aisance. 

On me dira que c’est normal puisqu’il travaillait ce texte depuis plus d’un an, mais c’est une chose à voir! Mis en scène, le texte s’étend sur plus d’ une heure et quart. Dans cet exercice, son temps de proclamation est réduit à vingt minutes. Même pour le lire, il me semble avoir pris plus de temps! 

La répétition reprit ensuite son cours normal dans la salle. 

 

Jeudi 8 octobre

 

Baptiste Coutaz nous rejoignit. Au sortir de la répétition, il semblait avoir déjà quelques idées intéressantes pour le traitement de la lumière. Marine lui expliqua son envie de créer une ambiance impressionniste. 

*

Le soir, je rejoignis mon amie journaliste Sonia Bellemarre, afin qu’elle m’oriente quelque peu dans mon projet de reportage. Après concertation, il en est ressorti l’idée de créer un blog qui raconterait le déroulement des répétitions jusqu’aux représentations du Martolet dans un premier temps, puis jusqu’à celles du «Carnotzet des artistes». 

Le concept me parut intéressant, car au-delà des possibilités infinies de traitement de l’information, je pourrais ainsi peut-être contribuer un peu à la promotion de la pièce. J’en fis part dès le lendemain à Marine et à Fred qui trouvèrent la formule intéressante. Dès le soir, je commençais la mise en route du projet avec au ventre, tout de même une petite anxiété. J’étais face à des professionnels, il fallait que je sois à la hauteur… Et la barre, je la plaçais soudain encore plus haut, toute seule, comme une grande, alors que personne ne m’avait rien demandé.

J’espère trouver un jour les mots pour remercier ces deux-là pour cette opportunité d’exception, mais aussi pour leur confiance. Et le reste bien sûr... 


Vendredi 9 octobre

 

Changement de salle. Les combles. Durant l’italienne, Fred manquait quelque peu de concentration. Coup de bluff cependant durant le filage. Soudain, il ne jouait plus, mais il se situait dans l’instant en habitant chaque mot, chaque silence. L’interprétation prenait ainsi d’un bout à l’autre une dimension nouvelle, celle précisément pour laquelle ils oeuvraient depuis trois semaines maintenant. 

                

Une véritable distanciation était établie avec le texte. Fred ne jouait plus ainsi un personnage angoissé, mais celui d’un homme découvrant ce texte avec nous et peu à peu se laissant prendre au jeu. Nous ne pouvions alors que faire de même! 

*

Après la répétition, Marine m’ invitait à boire un verre. Nous parlâmes du travail de la pièce, mais aussi de sa profession de façon plus générale! Dans son discours comme dans les commentaires qu’elle pouvait émettre après chaque filage, je pouvais entrevoir toute la passion qu’elle portait à son métier. Elle se traduisait à travers un réel souci de précision.

 

Samedi 10 octobre


Fred nous offrit un filage véritablement magique, plus encore que la veille! Cette représentation aurait certainement permit à Maupassant de revoir ses positions sur le traitement des récits au théâtre qu’il jugeait inadéquat, car trop réducteur (à lire dans le Dossier de presse du Horla ). 

Grâce à un jeu délicat, parfaitement ancré dans l’instantanéité du texte, le récit se déployait devant nos yeux sans entrave aucune. L’imaginaire du spectateur pouvait y trouver sa place comme à la lecture de la nouvelle. 

Il nous fit rire à plusieurs reprises même et particulièrement au moment du 14 juillet où il jouait sur le fil le mec éméché qui proclame de grandes phrases. Après ce cours passage, Marine, les yeux pétillants se retourna d’ailleurs vers moi pour me lancer avec un enthousiasme sans borne un «Il assure grave!» Je ne pouvais qu’acquiescer, subjuguée moi aussi par tant de talent! La dernière fois qu’un acteur m’avait emmenée si loin dans l’illusion du théâtre, c’était il y a deux ans, un comédien allemand incarnant le personnage d’Hamlet sur les planches de la Cours d’Honneur du Festival d’Avignon. 

*

Après la répétition, nous rejoignons Olivier Thuriot dans son magasin d’antiquité, afin qu’il compose, sous le regard critique de Marine, l’assortiment de meubles qui constituerait bientôt le décor. Il était particulièrement fier de sa trouvaille pour l’espace symbolisant Paris: un guéridon, une table de bistrot ronde et deux chaises de bois sculptées.  

Par christelle magarotto
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